La participation locale, une des clés du succès de notre ONG

Dès la création de notre ONG, Mekong Plus a voulu instaurer un principe central, une condition pour tout soutien : qu’il y ait une forte participation de la population locale pour soutenir nos actions.

Après tout, le Vietnam dispose tout de même de ressources, si ce n’est déjà la jeunesse de sa population.

Nous avons alors entrepris de contacter les autorités locales pour leur exposer notre point de vue et nos ambitions de travailler de concert. 

Et à ma grande surprise, le principe fut adopté ! Dès notre tout premier projet à Bình Thuận, l’idée fut saluée et bien accueillie par les autorités officielles, qui acceptèrent de concourir à hauteur de 50% du financement !

 

Faire participer les autorités locales : Une fausse bonne idée ?

Malheureusement, l’idée de solliciter le financement des autorités locales se révéla être une fausse bonne idée. 

En effet, lorsque les autorités locales vietnamiennes contribuent au financement d’une activité, il devient immédiatement nécessaire de se conformer aux règles, à la bureaucratie et aux barèmes de coûts officiels en vigueur. 

Et dans les faits, ces contraintes se traduisent souvent par une multiplication des coûts, notamment dans le cas de la construction d’une salle de classe. 

On s’est alors rendu compte que malgré l’apport financier des autorités locales, on aurait au final pu achever le programme à un coût inférieur en finançant l’ensemble du projet nous-mêmes !

Et que dire du protocole ! Après l’achèvement de la construction de la petite salle de classe, il fallut attendre 2 mois qu’une délégation officielles des différents départements concernés soit disponible pour faire l’ouverture.

La visite officielle parut ubuesque, avec un cortège de 4×4 flambant neufs parcourant ce modeste village de minorité ehtnique Raglay, l’un des plus pauvres au Vietnam. 

Une fois l’inspection terminée, à 4 heures de l’après-midi, la délégation se dirigea vers le meilleur restaurant de la ville, soit un peu tôt à mon goût pour le dîner, mais c’était surtout la bière qui fut à l’honneur, accompagnée d’une célébration un peu hors de propos. 

 

De la nécessité d’une nouvelle approche pour organiser nos projets de développement

Forts de cette première expérience très instructive sur les réalités des projets sur le terrain, nous avons rapidement revu notre approche. 

Plutôt que de partager le budget à parts égales (50/50), nous avons opté pour une répartition des actions entre les autorités locales et notre ONG. 

Cette formule permet ainsi de préserver certains avantages, notamment de ne pas froisser la sensibilité des autorités locales qui se trouvent toujours impliquées dans nos actions. 

Prenons l’exemple de la construction de ponts dans le delta du Mékong : nous fournissons le ciment, tandis que les villageois, avec le concours des autorités, prennent en charge le reste.

Ou encore, en ce qui concerne le soutien aux écoles, nous prenons en charge les formations des enseignants, mais ni la construction des bâtiments ni les salaires ou équipements.

vietnamese kids in rural school

Bien sûr, comme tout nouveau système, celui-ci présente aussi ses limites. 

Si naturellement, l’ambition de Mekong Plus est d’aider en priorité les villageois les plus démunis, ce n’est dans les faits pas toujours possible. 

Lorsqu’un village nous sollicite pour la construction d’un pont et d’un chemin, nous demandons en retour l’engagement et la contribution des riverains, ce qui n’est malheureusement pas toujours réalisable.

En effet, l’immense pauvreté de certains villages entiers rend la collecte des sommes nécessaires tout simplement impossible. Quant à un appui en hommes, nous sommes également confrontés à la dure réalité : pauvres, les habitants souffrent souvent en conséquences de mauvaises conditions de santé qui les empêchent même d’apporter cette si nécessaire pierre à l’édifice. 

Fort heureusement, nous avons au moins réussi à trouver un système permettant de déterminer équitablement la contribution de chaque ménage concerné, soit en fonction de la largeur des terres le long du chemin à construire. Ainsi, ceux disposant d’un vaste terrain contribuent davantage que ceux avec une petite parcelle.

Une à une, nous tentons d’apporter des réponses concrètes aux difficultés que rencontre notre organisation pour faire vivre ses projets. 

 

Les cas des plus démunis

L’approche de Mekong Plus repose donc sur la collaboration étroite avec les habitants locaux, les engageant financièrement dans le processus. 

Et dans plein de situations, cela marche ! 

Ainsi, nous avons réussi à concrétiser la construction de plus de 440 ponts et chemins, des infrastructures qui bénéficient désormais d’une excellente maintenance, soigneusement assurée par les résidents et les riverains impliqués.

 

Mais cette réussite contraste avec la réalité de nombreux villages enclavés qui, bien qu’ayant grandement besoin d’aide, se trouvent dans l’incapacité de contribuer financièrement en raison de leur extrême pauvreté. 

Comment répondre aux besoins des villages les plus défavorisés ?

La complexité de notre opération, englobant plus de 500 villages dans le delta du Mékong, rend difficile l’introduction d’exceptions, tant pour des raisons philosophiques que pratiques. 

C’est une réalité douloureuse, mais dans l’absence de vraies possibilités d’un effort partagé, nous devons remettre à plus tard nos collaborations et notre aide envers ces communautés. 

Une situation qui ne concerne bien sûr pas que les infrastructures des communautés, mais qui touche aussi nos projets d’aide au logement. La construction d’une petite maison en dur de 40 mètres carrés coûte au moins 3 000 $, et notre organisation n’apporte qu’une contribution de 400 $, le reste devant être fourni par les voisins, les cousins, voire par la paroisse. 

Pour bénéficier de notre soutien, chaque ménage doit disposer d’un titre de propriété, même pour une parcelle modeste. Des règles absolument nécessaires pour structurer notre action, mais qui se heurtent encore une fois à des réalités cruelles : les plus démunis résident parfois dans des huttes nichées entre le chemin et le bras du fleuve, sur des lopins de terre concédés par les voisins, et ne disposent bien sûr d’aucun document officiel.

Les plus pauvres doivent souvent attendre de deux à trois ans pour réunir toutes les contributions nécessaires. Jusque-là, ils doivent accepter de vivre sous un toit de feuilles qui fuit de partout. Les enfants d’un ménage de Dúc Linh rapportent : « Quand il pleut, on dort assis dans un coin ».

Alors, chaque fois que cela est possible, Mekong Plus tente “d’amorcer la pompe” en aidant ces foyers à se créer des revenus par une activité économique financée par notre système de micro-crédits. C’est le meilleur moyen pour eux d’atteindre un début d’autonomie financière, et de plus tard rendre possible des projets à l’échelle d’une communauté toute entière. 

En formant de nouveaux “entrepreneurs” dans les villages et en leur donnant les moyens financiers de réaliser leur projet, Mekong Plus mise à terme sur une croissance économique et une amélioration des possibilités d’aide. 

 

Garantir un accès à l’éducation avant tout

Face aux difficultés rencontrées dans nos programmes d’infrastructures ou d’aide au logement, nous ne baissons pas les bras : il doit bien exister un moyen de venir en aide à ces communautés mises en danger par la grande pauvreté !

Alors, comme toujours, le meilleur moyen, c’est d’en parler directement aux intéressés. Et à notre prochaine rencontre sur le terrain, la question a été débattue : « On ne peut pas tout faire, quelles sont les priorités ? » 

Très rapidement, à l’unanimité, et ce malgré la longue liste des besoins pressants, une réponse s’est imposée : « Il faut que tous les enfants puissent aller à l’école ».

Car malgré les croyances populaires chez le grand public, nos donateurs ou bénévoles, le Vietnam, pays communiste, ne dispense pas gratuitement son éducation, mais possède un barème à l’échelle nationale, qui se détaille comme suit pour les élèves en milieu rural – hors minorités ethniques (soit là où nous agissons, à noter que le milieu urbain a une majoration) : 

  • Pour les élèves de la maternelle et du primaire :
    • VNĐ50,000-220,000 par mois par élève (de 2 à 9 USD)
  • Pour les élèves du collège :
    • VNĐ50,000-270,000 par mois par élève. (de 2 à 11 USD
  • Pour les élèves du lycée :
    • VNĐ70,000-330,000 par mois par élève. (de 3 à 13,5 USD)

 

Des chiffres à mettre en perspective avec le salaire minimum dans les campagnes les plus pauvres, fixé à 3,445,000 VND en 2024 (environ 140 USD). Un salaire minimum qui n’est d’ailleurs pas à la portée du plus grand nombre, car de nombreux vietnamiens vivent encore avec 1 ou 2 dollars par jour.

Ainsi, pour un foyer avec un seul salaire et deux enfants, les seuls coûts d’inscription représentent déjà jusqu’à 20% du budget au niveau lycée. Et pour les vietnamiens vivant avec 2 dollars par jour, c’est bien pire encore.  

En conséquence, l’abandon scolaire au Vietnam est très élevé dans les familles pauvres, contribuant à perpétuer le cycle de la pauvreté. Et que dire des filles ou des femmes abandonnées ou battues par leur conjoint, trop amer de devoir assumer une telle charge. 

À nouveau, Mekong Plus garde foi en sa philosophie de fonctionnement pour proposer une solution pour tous, et ainsi redonner un peu de souffle aux cas les plus difficiles. 

C’est ainsi que sur proposition des villageois, chaque année, en septembre, Mekong Plus organise une “Course de la solidarité”, faisant participer des milliers de locaux, qui à l’arrivée, ont le cœur de verser un don personnel pour faire grandir une cagnotte dédiée à l’éducation. 

Cette initiative est l’un de nos plus beaux succès !

Chaque année, ils sont près de 200.000 participants à courir 2-3 km, pour des dons qui ont atteint jusqu’à 64,000 USD. Ainsi, à raison d’un peu moins de 10,000 VND par personne (environ 30 centimes USD), on parvient avec la participation de tous à soutenir l’effort de financement de l’éducation des plus fragiles, soit environ 3% de boursiers qui peuvent continuer l’école ! 

 

 

Conclusion

Telle est la réalité parfois complexe mais toujours stimulante de l’engagement de Mekong Plus envers les communautés défavorisées au Vietnam. 

Face aux défis, notre organisation s’emploie à toujours ré-ajuster sa stratégie, en favorisant la collaboration étroite avec les habitants locaux.

Par tous les moyens, notre but est de favoriser le développement de communautés de plus en plus autonomes et saines. 

Rejoignez-nous dès à présent dans ce combat ! 

 

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Réservations

*Participation aux frais : 50 € pour un dîner 2 services (boissons comprises), réponse souhaitée avant le 12 mars 2024.